Blue Flower

 Le Temps des Cerises, est une association dont l’objet principal est culturel. La culture prise au sens large, l’éclectisme des sujets que nous abordons est à la mesure de nos curiosités et de nos passions.  

 Mais c’est aussi une association citoyenne, à l’écoute des grands problèmes qui interpellent directement, et douloureusement parfois, notre société. Ces problèmes nous les abordons avec tout le recul possible et de manière dépassionnée, notre ambition n’étant pas de défendre quelque thèse que ce soit, mais d’essayer d’apporter les informations les plus objectives possibles, de donner à réfléchir, afin que chacun puisse se forger sa propre opinion.

 La conférence-débat « Ecole et Laïcité », que nous avions programmée le 5 juin 2016, s’inscrivait pleinement dans cette ligne. Nous avons du l'annuler, notre conférencière invitée étant dans l'incapacité de maintenir sa participation. Nous envisageons de la reprogrammer l'année prochaine

 Notre pays, en reconstruction au lendemain la seconde guerre mondiale, accueillait nombre d’immigrés qui occupaient des emplois vacants, et qui, quittant la misère de leur pays ne voulaient pas y revenir. Leur objectif était de s’installer définitivement en France, de s’intégrer, en un mot de devenir français pas seulement en acquérant la nationalité, mais aussi en partageant notre culture et notre mode de vie.

Puis, avec la décolonisation sont venus des immigrés forcés, très éloignés par leur culture et leur religion, n’ayant pas toujours la capacité ni la volonté de s’intégrer pleinement. Tant qu’ils ont pu occuper des emplois sans trop concurrencer les nationaux, la coexistence s’est faite sans problème majeur.

Puis est venue la crise, les emplois se sont faits plus rares. Les enfants d’immigrés l’ont subie plus durement que les nationaux, plus souvent qu’eux touchés par le chômage. Et de nouveaux immigrés sont arrivés, chassés de chez eux par la guerre, par la faim et même par les catastrophes climatiques. Ces nouveaux arrivants accroissent la compétition pour obtenir des emplois toujours plus rares. Enfants issus de l’immigration et nouveaux immigrés on le sentiment d’être rejetés par notre société car ils sont les plus nombreux parmi les recalés de l’emploi et, désœuvrés, ils sombrent souvent dans la délinquance. Du côté de beaucoup de nationaux s’installe un sentiment de rejet vis-à-vis d’étrangers qui viennent profiter de notre « Etat Providence » par ailleurs mis à mal par la crise, aggravent le chômage et augmentent le sentiment d’insécurité.

 Au risque d’être réducteur, mais pour simplifier, se construit ainsi un clivage social entre d’une part des immigrés et des descendants d’immigrés qui se sentent considérés comme des citoyens de seconde zone et de l’autre, des nationaux qui les accusent de conduire à la faillite notre « Etat Providence » et d’être responsables de la montée de l’insécurité. Les premiers ont une tendance à se replier sur soi, à revendiquer leur différence pour ne pas la subir, certains vont même jusqu’à céder aux sirènes de la radicalisation pour enfin, peut être, retrouver une fierté en réalisant un acte fort qui les sort de leur sentiment d’être oublié de tous. Chez les seconds, qui se laissent parfois séduire par des slogans extrémistes et populistes, renait la xénophobie, l’intolérance vis-à-vis de la différence et l’amalgame entre terroristes et immigrés.

 Notre société est et restera, peut être même le deviendra t’elle plus qu’aujourd’hui, multiculturelle et multiconfessionnelle. On ne peut donc pas se résoudre à la voir sombrer dans la violence au risque d’exploser, ni même la laisser se scinder en deux parties, ne se mêlant pas, s’observant comme dans une paix armée. Alors il faut tout faire pour qu’elles puissent vivre ensemble, se respecter, soudées par le sentiment d’appartenance à une même nation.

Et ce sont les jeunes générations qui pourront porter cet espoir. C’est envers elles qu’il faut agir, dès l’Ecole. C’est de cet enjeu vital dont il sera question dans notre prochaine Conférence-débat avec notre invitée, Béatrice Mabilon-Bonfils, Sociologue, Professeure d’Université.